
Les ex-épouses de Joseph Kony racontent
Publié le : 15 mars 2012
Le monde entier semble avoir une opinion sur la nouvelle campagne #Kony2012, qui appelle à l’arrestation du chef rebelle ougandais. Mais que ressentent les femmes qui autrefois étaient les plus proches de lui ? Arne Doornebal a rendu visite à deux des anciennes femmes de Joseph Kony, dans le nord de l’Ouganda.
Elle a entendu parler du film. Mais comme bien d’autres habitants du nord de l’Ouganda, Eveline, 29 ans, n’a pas vu la vidéo Kony2012 sur YouTube. Alors que 76 millions de personnes à travers le monde l’avaient visionnée avant elle. Eeveline a été forcée d’être l’épouse de Kony pendant dix ans.
J’ouvre mon ordinateur portable et Eveline se met à regarder tranquillement. Elle semble à moitié intéressée, tandis qu’elle continue a enfiler des perles pour faire un collier. Son visage ne montre aucune émotion pendant la totalité du film, qui dure 29 minutes. Elle reconnaît les chef rebelles sur l’écran. "Mais pourquoi montrent-ils uniquement les atrocités de Joseph et pas l’autre face du conflit : l’armée ougandaise", se demande-t-elle. Enlevée par les rebelles Eveline a été enlevée à l’âge de 12 ans. "Peu après, les chefs ont commencé à se battre sur la question de savoir qui m’aurait comme femme", se rappelle-t-elle. "A un certain moment, ils ont même menace de me tuer, parce que je causais la division. Ensuite Joseph est intervenu et m’a sauvé la vie. Il a décidé de me prendre pour femme. "Dans l’Armée de résistance du Seigneur (LRA), c’était une pratique standard d’enlever des enfants : les garçons devenaient des soldats et les filles des épouses. Kony avait trente femmes, dit Eveline.
"Joseph souriait beaucoup", se souvient Eveline. "Il aimait parler aux gens et blaguer avec eux. A l’époque où j’étais sa femme, je faisais toujours semblant de l’aider beaucoup. Dans le camp rebelle, nous étions complètement séparés du monde extérieur et on nous faisait croire que Joseph se battait pour la bonne cause. C’est seulement plus tard, quand je me suis échappée, que je me suis rendu compte que c’était un homme très mauvais."
Trop douloureux Florence a appris à parler l’anglais. Quand j’ai interviewé Florence, une autre ex-épouse de Kony, il y a quatre ans, tout devait être traduit. Elle aussi avait passé dix ans au sein de la LRA et il avait le sentiment que ces dix années lui avaient été "volées". C’est seulement l’an dernier que Florence, âgée aujourd’hui de 34 ans, a achevé ses études secondaires. Aujourd’hui elle combine un emploi dans un bureau avec un cours à l’Université de Gulu, la ville principale du nord de l’Ouganda.
"Vraiment, j’ai assez vu Joseph Kony", dit Florence dans un mélange d’anglais et d’acholi, sa langue maternelle. "J’ai entendu parler de ce nouveau film, mais je ne veux pas le voir. Laissez-moi continuer ma vie, je vous prie. C’est trop douloureux de continuer à parler de Kony. "Je lui rappelle que durant notre entretien de 2008 elle m’a parlé des stigmates auxquels elle fait face. "Il y a des gens qui nous traitent de tous les noms, comme si nous avions choisi d’être chez les rebelles", dit-elle amère. Depuis, elle ne s’est jamais mariée ; elle s’occupe des deux enfants qu’elle a eus de Kony. Un troisième enfant est mort.
Eveline a eu, elle, quatre enfants de Kony. L’un d’eux est mort. "Les circonstances dans la cambrousse n’étaient pas bonnes pour les nourrissons, donc un grand nombre d’entre eux sont morts", dit-elle. Eveline a continué sa vie et est maintenant mariée à un homme qui la comprend. "On ne se pointe pas du doigt, dans notre relation", dit Mubarak, son mari. "Je sais ce que c’était d’être enlevé par les rebelles, parce qu’on s’est rencontrés en fait dans le camp des rebelles. Nous avons tous les deux traversé ces problèmes."
Eveline est claire sur la question de la justice: “Je pense que Joseph devrait être envoyé à La Haye pour être jugé par la Cour pénale internationale."










































