RDC: une nouvelle guerre pour cause de CPI?
Qu’est-ce qui fait courir Bosco Ntaganda, 39 ans, général tutsi de l’armée régulière congolaise? Chef des mutins du M23, il mène 700 à 2000 hommes occupés depuis avril à prendre des villes dans l’Est du Congo… Ce chef de guerre, prêt à rallumer le feu à Goma, est plus connu sous le doux surnom de « Terminator ». La violence et les massacres ne lui font pas peur. A-t-il une réelle cause politique à défendre? Il se pose en protecteur des Tutsis du Kivu, victimes d’exactions commises par les miliciens hutus des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR). Des miliciens eux-mêmes traqués par le régime de Paul Kagamé dans l’Est du Congo depuis le génocide de 1994. Le M23 serait soutenu par le Rwanda, selon les Nations unies. Ce que Kigali dément…
Aujourd’hui, c’est surtout la peau de Bosco Ntaganda qui est en jeu. Cet enrôleur d’enfants-soldats est visé depuis aôut 2006 par un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI). Trois ans plus tard, il n’en a pas moins été intégré à l’armée régulière congolaise. Le président Joseph Kabila, qui gère directement la Défense, pensait pouvoir racheter la paix. Aujourd’hui, Bosco Ntaganda se sait dans le collimateur de Kinshasa.
Kabila, épinglé par les rapports d’observateurs internationaux pour s’être fait réélire fin 2011 de manière frauduleuse, veut donner des gages à la communauté internationale. Et surtout, obtenir le retrait de la Mission des Nations unies en RDC (Monusco), dont le mandat a encore été prolongé d’un an, jusqu’au 30 juin 2013. Cette force de 19.000 Casques bleus, déployée en 2002 et accusée d’inefficacité, empêche l’armée congolaise, directement commandée par Kabila, d’agir en toute impunité.
Pour mémoire, les Forces armées de la RDC (FARDC) sont accusées de commettre des exactions contre les populations civiles qu’elles sont censées défendre, et même de s’entendre avec les milices FDLR qu’elles devraient combattre pour exploiter les nombreuses mines du Kivu (or, étain, tungstène). Les organisations de défense des droits de l’homme réclament depuis la fin officielle de la guerre en RDC, à partir des accords de paix de Sun City en 2002, une réforme de l’armée que le pouvoir reporte sans cesse.
Thomas Lubanga, un autre chef de guerre de l’Est du Congo, a été condamné le 10 juillet à 14 ans de prison ferme par la CPI. Bosco Ntaganda sait qu’il est le prochain sur la liste, plus facile à attraper que le président du Soudan Omar el-Béchir, également sous le coup d’un mandat d’arrêt de la CPI. Son sort ne peut pas être réglé de manière aussi simple que celui de Laurent Nkunda, un général tutsi et renégat de l’armée congolaise, capturé en janvier 2009 par le Rwanda à la faveur d’une alliance conclue avec Kabila. Depuis, il est détenu à Kigali sans inculpation ni procès. Curieusement, Laurent Nkunda, dont Bosco Ntaganda a été le bras droit, n’est pas visé par la CPI. Mais par un simple mandat d’arrêt international pour crimes de guerre délivré en 2005 par les autorités de RDC.






















